Dix vœux, dix textes à écrire, et une case blanche qui ne se remplit pas. La lettre de motivation Parcoursup, appelée officiellement projet de formation motivé, est l’exercice qui bloque le plus de familles en février. En 1 500 caractères, votre enfant doit expliquer pourquoi cette formation-là, sans avoir jamais écrit ce genre de texte. Voici la structure en trois parties que j’utilise en accompagnement, un exemple complet commenté, et ce qui change selon la filière visée.
L’essentiel :
- 1 500 caractères espaces compris, dans un champ texte de la plateforme. Pas de pièce jointe, pas de mise en forme.
- Un texte par vœu. C’est ce qui rend l’exercice long, et c’est aussi ce qui le rend efficace quand c’est bien fait.
- La partie décisive n’est pas « qui je suis », c’est « pourquoi cette formation précisément ».
- Ce qui distingue une bonne lettre : des démarches concrètes. Journée portes ouvertes, échange avec un étudiant, lecture du programme.
- Ni nom ni prénom à écrire dans le texte : la formation sait déjà qui candidate.
Projet de formation motivé ou lettre de motivation ?
C’est la même chose. Parcoursup a retenu le terme « projet de formation motivé », tout le monde dit « lettre de motivation », et les deux désignent ce court texte que votre enfant rédige pour chacun de ses vœux.
Une différence de forme, tout de même, qui a des conséquences pratiques. Ce n’est pas une lettre : pas d’en-tête, pas d’adresse, pas de « Madame, Monsieur » obligatoire, pas de signature. C’est un champ de saisie sur la plateforme, limité à 1 500 caractères espaces compris, soit une quinzaine de lignes. Tout ce qui ressemble à une mise en page est donc à oublier.
Autre point que beaucoup de familles découvrent trop tard : ce texte se rédige vœu par vœu. Dix vœux signifient dix textes différents. C’est précisément pour cela qu’il faut s’y prendre tôt.
Ce que la commission lit vraiment
Les commissions d’examen des vœux traitent des centaines de dossiers. Chaque projet motivé est lu, mais vite. Trois questions guident cette lecture.
Ce candidat sait-il où il postule ? C’est la première chose qui se voit. Un texte qui pourrait être envoyé à n’importe quelle formation du même type signale un dossier envoyé en masse. Une phrase précise sur le programme, une spécialité de l’établissement, un module qui l’intéresse, et la lecture change de nature.
A-t-il fait quelque chose, ou seulement affirmé quelque chose ? « Je suis passionné par le droit » ne coûte rien à écrire. « J’ai assisté à une audience au tribunal de Bordeaux en novembre » se vérifie et se raconte. Les démarches concrètes valent tous les superlatifs.
Le projet est-il cohérent avec le reste du dossier ? Les notes, les spécialités et la fiche Avenir sont sous les yeux du lecteur. Un texte qui annonce une vocation scientifique alors que le bulletin dit autre chose demande une explication, pas un silence.
La structure en trois parties
C’est la trame que j’utilise en séance, et celle que j’ai détaillée dans les colonnes de Sud Ouest. Elle a l’avantage de tenir dans les 1 500 caractères sans effort.
L’introduction, environ 200 caractères, une phrase. Elle annonce le vœu et la motivation générale. Pas de formule d’accroche spectaculaire, pas de citation. Une phrase claire vaut mieux qu’une envolée.
Le développement, la partie la plus longue. Elle se construit en deux temps. D’abord qui il est : ses centres d’intérêt, ses engagements associatifs, ses activités extrascolaires, ses stages, dès lors qu’ils ont un lien avec la formation visée. Ensuite pourquoi cette formation lui correspond : et c’est ici qu’il faut raconter les démarches entreprises pour se renseigner. Journée portes ouvertes, salon de l’orientation, échange avec un étudiant ou un professionnel, lecture de la maquette des enseignements.
La conclusion, environ 200 caractères, une phrase. Elle insiste sur la motivation et ouvre sur le projet professionnel. Même si votre enfant n’a pas de projet arrêté, il doit s’en imaginer un : montrer qu’il se projette compte davantage que la justesse de la projection.
Un exemple complet, commenté
Voici un projet de formation motivé pour un BUT Techniques de commercialisation. Il fait 1 480 caractères, il ne contient aucune formule creuse, et chaque phrase y a une fonction.
Élève de terminale générale avec les spécialités SES et mathématiques, je souhaite intégrer le BUT Techniques de commercialisation de votre IUT pour construire un parcours tourné vers la relation client et le marketing.
Ce qui m’attire dans ce domaine, je l’ai découvert en dehors des cours. Je tiens la buvette de mon club de handball lors des tournois depuis trois ans : gérer un stand, encaisser, répondre à trente personnes en même temps m’a appris à rester organisée sous pression. J’ai également effectué un job d’été en grande surface l’an dernier, où j’ai compris que le contact quotidien avec les clients était ce que je préférais.
J’ai choisi votre IUT après avoir participé à la journée portes ouvertes de février, où j’ai pu échanger avec deux étudiants de deuxième année. Ils m’ont décrit le projet tuteuré et l’alternance possible en troisième année, deux éléments qui correspondent à ma façon d’apprendre : en faisant, plutôt qu’en écoutant.
Je souhaite poursuivre vers un poste de chargée de clientèle, en alternance si possible dès la deuxième année. Ce BUT me paraît la voie la plus concrète pour y parvenir.
Trois choses à remarquer. Le texte ne dit jamais « je suis motivée », il le démontre. Il cite un élément vérifiable de la formation, la journée portes ouvertes et le projet tuteuré. Et il se termine sur une projection professionnelle, même modeste.
Ce qui change selon la filière
La structure reste identique. Ce qui varie, c’est ce que la commission cherche à lire.
| Formation visée | Ce que la lettre doit démontrer |
|---|---|
| BTS | Le goût du concret et de la professionnalisation rapide, la conscience du rythme soutenu et du suivi en petit groupe |
| BUT | La capacité à mener des projets en équipe, l’intérêt pour l’alternance et la dimension professionnelle du cursus |
| Licence universitaire | L’autonomie de travail et un intérêt disciplinaire réel, car c’est là que l’abandon en première année est le plus fréquent |
| IFSI, formations en santé | Une vision lucide du métier, y compris de sa difficulté. Un stage, un bénévolat ou une expérience de soin comptent énormément |
| Classe préparatoire | La capacité de travail et la régularité, plus que la performance ponctuelle. La conscience de l’intensité demandée |
| École post-bac, IEP | L’ouverture au monde, la curiosité, les engagements. C’est là que les activités extrascolaires pèsent le plus |
ChatGPT, le piège de cette année
Autant être directe : faire rédiger le texte par une intelligence artificielle est la plus mauvaise idée du dossier.
D’abord parce que ces textes se ressemblent tous. Une commission qui lit trois cents projets motivés repère immédiatement le vocabulaire lisse, les tournures identiques et l’absence totale d’anecdote personnelle. Le texte est correct, et parfaitement interchangeable, ce qui est exactement l’inverse du but recherché.
Ensuite parce que l’IA ne connaît pas votre enfant. Elle ne sait pas qu’il tient la buvette du club depuis trois ans, ni qu’il a discuté avec deux étudiants en portes ouvertes. Or c’est précisément ce genre de détail qui fait la différence.
Enfin parce que certaines formations organisent des entretiens. Un candidat incapable de développer à l’oral ce qu’il a écrit se retrouve en difficulté.
L’IA peut servir à une chose, et une seule : relire un texte déjà écrit pour repérer les répétitions et les lourdeurs. Écrire à la place, jamais.

Votre enfant mérite un projet qui lui ressemble
Je suis Lisa Chauveau, conseillère d’orientation scolaire à Bouliac près de Bordeaux, et en visio partout en France. J’aide les jeunes de la 4e aux études supérieures à construire un projet qui leur ressemble vraiment. Le premier échange de 30 minutes est gratuit et sans engagement.
Le calendrier : dix vœux, dix textes
C’est le point de logistique que les familles sous-estiment. La formulation des vœux se termine à la mi-mars, et la finalisation du dossier début avril : cela laisse peu de temps pour écrire dix textes personnalisés, en plus des cours et des épreuves.
La méthode qui fonctionne, celle que j’applique en accompagnement, consiste à travailler par familles de vœux. On rédige un premier texte solide pour la formation la plus désirée, puis on l’adapte formation par formation en réécrivant systématiquement le paragraphe du « pourquoi celle-ci ». Ce paragraphe change à chaque fois. Le reste s’ajuste.
Comptez une bonne heure pour le premier texte, puis une trentaine de minutes par vœu supplémentaire. Étalé sur trois semaines, l’exercice est faisable. Concentré sur le dernier week-end, il ne l’est pas.
Votre rôle de parent, et sa limite
Trois choses relèvent de vous, et elles suffisent.
Lui rappeler ce qu’il a fait. Il aura oublié le tournoi qu’il a aidé à organiser, la semaine de stage en troisième, les étés à garder ses cousins. C’est pourtant la matière première du texte.
Le faire parler avant qu’il écrive. Demandez-lui à voix haute pourquoi il veut cette formation, et notez ses mots. Ce qu’il dit spontanément est presque toujours meilleur que ce qu’il rédige, parce qu’il n’essaie pas de « bien écrire ».
Relire. Fautes, longueur, répétitions d’un vœu à l’autre. Une relecture par une tierce personne est le conseil le plus simple et le plus efficace de tout cet article.
Ce qui ne relève pas de vous : écrire à sa place. Un texte de parent se repère au vocabulaire, et il place l’enfant en difficulté si un entretien suit. En accompagnement, je consacre trois séances aux projets motivés, et je ne rédige jamais : je donne la méthode, les tournures et le regard extérieur, le jeune écrit.
« Un bon projet motivé n’est pas bien écrit, il est juste. La commission ne cherche pas un styliste, elle cherche quelqu’un qui sait où il met les pieds. »
Questions fréquentes
Comment écrire une lettre de motivation pour Parcoursup ?
En trois parties dans 1 500 caractères : une phrase d’introduction annonçant le vœu, un développement qui relie le parcours du candidat à la formation en citant des démarches concrètes, et une phrase de conclusion ouvrant sur le projet professionnel.
Quelle est la bonne phrase d’ouverture ?
Une phrase simple qui annonce la classe, les spécialités et le vœu visé. Les accroches spectaculaires et les citations desservent : la commission cherche de la clarté, pas du style.
Combien de caractères pour le projet de formation motivé ?
1 500 caractères espaces compris, soit une quinzaine de lignes, saisis directement dans un champ de la plateforme. Aucune pièce jointe ni mise en forme n’est possible.
Faut-il écrire une lettre différente pour chaque vœu ?
Oui. La structure et la présentation du candidat peuvent rester proches, mais le paragraphe expliquant le choix de la formation doit être réécrit à chaque fois. C’est celui que la commission lit le plus attentivement.
Faut-il mettre son nom et son prénom dans le texte ?
Non, c’est inutile. La formation dispose déjà de l’identité du candidat et de tout son dossier. Ces caractères sont mieux employés ailleurs.
Que faire si mon enfant n’a rien à raconter ?
C’est presque toujours faux, il ne voit simplement pas la valeur de son quotidien. Activités en club, responsabilités de délégué, jobs, aide familiale, lectures suivies : tout cela se transforme en arguments dès qu’on le relie à la formation.
Aller plus loin
Le projet motivé se prépare en même temps que la rubrique « Activités et centres d’intérêt », qui puise dans la même matière. Pendant l’accompagnement Parcoursup, nous suivons la procédure de janvier à juin : inscription, stratégie de vœux, rubriques, puis trois séances consacrées aux projets motivés. Si vous voulez en discuter, le premier échange de 30 minutes est gratuit.




